Colloques

Congrès 2014 de la FECRIS – Bruxelles le 24 mars 2014

Fédération Européenne des Centres de Recherche et d’Information sur le Sectarisme DSCN0613
Comme son nom l’indique, la FECRIS fédère des organismes ou associations telles que la nôtre. C’est à ce titre qu’Infos Sectes Aquitaine était présente à cette manifestation qui permet tous les ans de faire un état des lieux des évolutions en Europe et dans le monde ainsi que de recueillir des témoignages. Voici un résumé :

Après le discours de bienvenue d’André Frédéric, Député fédéral de Belgique à la pointe du combat dans son pays et en Europe, Tom Sackville, Président de la Fecris a fait le point sur 20 ans d’activité de celle-ci.
Puis, Laurette Onkelinx, Vice-première ministre et ministre des affaires sociales et de la santé publique, a rappelé que 25% des cas se situent dans le domaine de la santé. Il faut donc accentuer la protection des patients et, en Belgique, on se dirige vers la protection du titre de psychothérapeute. La loi  permet la fixation d’un cadre et une plus grande clarté en accord avec l’OMS sur les médecines complémentaires. Cela permet de laisser une place pour les pratiques complémentaires et ainsi de mieux marginaliser les pratiques alternatives. Il s’agit de définir officiellement la formation et l’agrément de ces spécialités / ostéopathie – homéopathie. Il est indispensable de renforcer la coordination entre l’Etat et les administrations et de débloquer les moyens nécessaires. Un plan d’action pour une coordination entre les différents services et administrations est en cours.
Laurent Chambaud, Docteur en médecine, inspecteur général des affaires sociales et Directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes est intervenu sur  «  l’atteinte à l’égalité des chances de guérison ». En France, la prise en compte continue des patients n’est pas bonne et permet donc aux faux thérapeutes, au contraire très à l’écoute, de s’immiscer. Il faut aussi mettre en place une information validée sur la santé : trop de sites web racontent n’importe quoi. Peut-être faudrait il en arriver à la répression dans ce domaine, cela irait dans le sens du patient. Si l’on avait un système d’infos sur la santé, public et fiable, et si l’on apprenait à la population comment s’en servir, alors un grand pas serait franchi.
Luc Willems, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire Belge sur les sectes, a pris la parole sur le thème : « Qui protège Dieu ? Qui protège L’homme ». La définition de ce qu’est une secte est le point de départ de la problématique. Nous ne pouvons que constater qu’aujourd’hui le « politiquement correct » donne une protection plus importante aux diverses organisations qu’aux individus. La liberté fondamentale du respect de la dignité humaine doit être plus importante que les libertés de croyance plaidées par les mouvements sectaires. On ne peut que déplorer que le cadre juridique imposé à toutes les autres organisations telles que les syndicats, les associations, ONG,  ne soit pas imposé aussi aux mouvements sectaires et religieux. Pourquoi les  organisations religieuses bénéficient elles d’un cadre spécifique ? Il ne doit pas y avoir plus de droit dans le religieux que dans les autres organisations. Défendre les personnes au lieu de défendre les organisations religieuses est un des premiers devoirs de l’Etat. Les victimes ont des droits, ainsi que leur entourage. Les droits de l’homme  sont souvent détournés et servent d’éléments de propagande. Bref, il faut obtenir un devoir d’ingérence de l’Etat.
DSCN0569Témoignage de Christine et Charles Henri DSCN0564de Vedrines. Dans cette célèbre affaire dite de Montflanquin, relatée par de nombreux médias, ces victimes se sont attachées à expliquer comment le piège s’est refermé pour conduire à un calvaire de 10 ans. Ils ont décrit les subtilités du mécanisme d’emprise  mentale. Le gourou, Thierry Tilly, a fait du « sur mesure » pour chacun des membres de la famille, grâce notamment à un sens de l’observation et une mémoire colossale lui permettant de tout connaître de ses victimes. Mme et M. De Vedrines ont remercié les personnes qui ont permis leur reconstruction.

Ensuite, Hans-Werner Carlhoff, ex président du groupe de travail interministériel sur les sectes en Allemagne a abordé le sujet « Quand les enfants, les jeunes et les parents deviennent des victimes : l’abus des droits de l’homme par les organisations sectaires » ; ceux qui entourent la victime sont sans défense (famille, amis..). Il n’y a pas de système efficace pour les protéger et cela peut être dramatique notamment pour les enfants. Il faut des initiatives pour aider toutes ces personnes, il faut se battre contre le « politiquement correct ». Par exemple, on sait que la scientologie est soutenue par les missions diplomatiques des Etats-Unis. Egalement, dans l’éducation de leurs enfants, certains parents ne se sentent pas armés et renvoient, par exemple, vers la scientologie qui communique parfaitement sur ses capacités dans ce domaine.
DSCN0619Marcel Conradt, historien et auteur, assistant parlementaire au Parlement européen a parlé des sectes et de l’union européenne. Le libellé des articles des résolutions du Conseil Européen sont des grandes phrases suffisamment larges pour s’abriter derrière le concept de liberté. Exemple : la largesse des textes peut permettre l’obtention d’une couverture sociale pour les gens qui travaillent dans une secte ou qui la quittent. C’est grâce à cela que les sectes peuvent faire condamner les états. Dans un rapport de 2002, il est même dit que l’arsenal judiciaire est suffisant dans la plupart des états pour faire respecter le droit y compris dans les sectes.

Enfin, Sandro Sandini, directeur du Bureau Nouvelles religiosités au Luxembourg, a évoqué les sectes et la conquête du monde. Qu’y a t-il après ? Les gens aujourd’hui doivent réfléchir, utiliser leur intelligence alors qu’auparavant les messages étaient délivrés par la religion. Face à cela, certains sont désemparés. On dénature aussi le mot ami (ex : Facebook), on cherche un idéal, une qualité de vie (on quitte un emploi pour cela, même bien payé). Les groupes sectaires donnent des « missions » à des jeunes afin qu’ils aient un « idéal de vie » que beaucoup de jeunes n’ont plus. Au Luxembourg, il y a 100 mouvements sectaires répertoriés pour seulement 500 000 habitants. Dans ce duché,  les chorales étant très développées, elles sont utilisées pour attirer les jeunes. Cette population est d’ailleurs très ciblée : par exemple, au Brésil, la secte Moon a acheté un club de football ou encore le scoutisme qui est très investi par les mouvements.

 

Journée natioMontparnassenale 2014 de l’UNADFI – Paris Montparnasse, le samedi 22 mars 2014
« Dérives sectaires et protection des personnes. Approche nationale et européenne. »

Sur l’invitation amicale de l’UNADFI (Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu victimes de Sectes), Infos-Sectes Aquitaine était invitée à un colloque à Paris le samedi 22 mars 2014. La radicalisation à l’Islam, la présentation de la Caimades (Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires) et la situation du phénomène sectaire en Belgique ont été abordés.

1- La radicalisation à l’islam de jeunes :livre + Dounia

Intervention de Mme Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux, spécialisée dans la gestion de la laïcité au sein des institutions et des entreprises, auteure de l’ouvrage « Désamorcer l’islam radical – Ces dérives sectaires qui défigurent l’islam- ».
Aujourd’hui la radicalisation touche un spectre beaucoup plus large de jeunes gens (de 13 à 30 ans). Il y a seulement 10 ans de cela, les « cibles » présentaient, pour une grande majorité d’entre elles, un dysfonctionnement dans la cellule familiale. Depuis, les « victimes » sont issues de tous les horizons (bourgeoisie, confessions diverses…). Par ailleurs, pour 98% d’entre eux, la conversion vers l’islam s’opère via internet (sites islamistes, réseaux sociaux) avant d’avoir un contact physique avec des membres déjà radicalisés. Le nombre croissant de cas recensés et le jeune âge des « sujets » est de nature à inquiéter. Il est indéniable que les processus de radicalisation sont semblables à ceux constatés dans le domaine des dérives sectaires, faisant apparaître une véritable « emprise mentale ».
Le phénomène d’enrôlement est basé sur une faiblesse des individus (malaise de l’adolescence, événement à forte charge émotionnelle, décès, agressions….) à un moment donné qui entraîne la recherche de « solutions ». Ensuite, le « groupe » fait son œuvre, prétend qu’il fait partie d’une élite et que tous les autres se trompent de chemin. Il existe alors un sentiment de supériorité avec la certitude d’avoir un rôle essentiel pour sauver le monde. Ce dernier étant en déclin et prêt à imploser. Ces radicaux donnent une vision apocalyptique de notre monde et seuls ceux qui les suivent pourront être sauvés (ces derniers pourront également choisir 70 personnes pour les accompagner).
Pour l’heure, il est absolument indispensable d’informer le plus largement possible la population sur ces faits, avant qu’un départ vers un théâtre de conflit armé ne soit réalisé. Mme Bouzar insiste sur le fait que les condamnations de l’Islam, quelque soient les origines, ne font que renforcer le discours des radicaux….

2- Présentation et rôle de la Caimades :

Composée de 6 personnes, cette cellule créée en 2009, est sous l’autorité de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP). La Caimades a d’abord une mission d’assistance aux victimes. Elle s’appuie sur des professionnels de la santé ainsi que sur les associations compétentes. Elle a aussi une mission d’intervention (enquêtes) et de formation. Spécialisée dans les dérives sectaires, cette cellule élabore des outils spécifiques (canevas d’audition par exemple) et collecte des faits de jurisprudence liés aux abus de faiblesse. Les enquêteurs se basent sur les travaux du professeur Philippe-Jean Parquet (psychiatrie infanto-juvénile, emprise mentale) qui a défini 9 critères spécifiques de l’emprise mentale dont 5 au moins doivent être mis en évidence pour caractériser l’infraction telle que définie dans la loi About-Picard 2001-504 du 12 juin 2001.

Voir les critères

3- Situation du phénomène sectaire en Belgique :

Mme Sandrine Mathen est analyste au Service d’Etudes du Centre d’Information et d’Avis sur les Organisations Sectaires Nuisibles (CIAOSN), situé à Bruxelles en Belgique.

Site internet : http://www.ciaosn.be/

Cette organisation née en 2000, est chargée de l’étude du phénomène sectaire dans le pays d’implantation et à l’international. Elle est amenée à répondre aux diverses questions relatives aux organisations sectaires nuisibles en général, ou concernant un mouvement en particulier. Une information et guidance juridique est également fournie. Le Centre ne fournit pas d’assistance psychologique, mais est en mesure de guider les personnes nécessiteuses vers des associations spécialisées dans cette matière.
Le CIAOSN possède de nombreux ouvrages et de la documentation (livres, CDRom etc…) spécialisée accessible au public.
Trois dossiers d’ampleur sont spécialement suivis par cette structure dont les procès sont en cours :
– Une plainte déposée en 1997 contre l’Eglise de Scientologie
– Une plainte déposée en 2009 contre les émules de la Biologie Totale
– Une plainte déposée en 2004 contre les Témoins de Jéhovah.

Miviludes – Samedi 23 novembre 2013 – Ministère de la santé Paris

DSC_1056 bis DSC_1059 bis DSC_1062 bis« L’emprise mentale au cœur de la dérive sectaire : une menace pour la démocratie ? »

Organisé par la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires, ce colloque a été ouvert par son Président Serge Blisko sous l’angle Européen, estimant qu’un nouveau paysage se dessine dans ce contexte, discours relayé par André Frederic, Chef du groupe socialiste  à la chambre des représentants de Belgique qui a fait le point sur les dispositions prises dans son pays.

Caractérisation psychologique et sociologique.
Sur ce thème, la question « y a-t-il un terreau favorable à l’emprise mentale ? » était posée. Selon Gérald Bronner, sociologue, le profil moyen des adeptes de sectes ne correspond pas à des fous, des « allumés » ou des simples d’esprit, mais plutôt à des personnes normalement constituées. Selon lui, si celles-ci se mettent à croire à des phénomènes ou des promesses complètement irréalistes, c’est parce que les gourous procèdent par étapes et que chacune d’entre elles paraît raisonnable. C’est la somme qui est loufoque, décalée et dangereuse. Par ailleurs, le monde actuel crée beaucoup de frustration et les sectes proposent en fait de redistribuer les chances. Il a également noté l’impact d’internet tout en soulignant que cet océan d’informations peut créer l’insularité des esprits.
De son côté, le Dr Zagury, psychiatre, a insisté sur l’abus de transfert entre l’adepte et le gourou dont l’objectif est asservir et exploiter (régresser pour être mieux exploité). En fait, l’intelligence et le raisonnement sont mis en jachère. Lors des sorties d’emprise mentale, ils sont alors réactivés. L’exemple le plus récent d’abus de transfert s’est produit à l’occasion de l’affaire des « reclus de Montflanquin » en Lot et Garonne dans un incroyable transfert familial : la communication entre les membres de la famille passait systématiquement par le gourou.

Atteinte aux droits et aux libertés.
Ancien président de la Miviludes, député du Rhône et Président du groupe d’étude sur les sectes de l’Assemblée Nationale, Georges Fenech est intervenu pour évoquer le phénomène sectaire comme volonté d’emprise sur la sphère politique. Il a indiqué que l’angle d’attaque des sectes, c’est leur cri d’atteinte aux libertés fondamentales. Elles n’hésitent pas à s’engager dans des procès pour attaquer le porte- monnaie et ainsi faire hésiter leurs accusateurs. Il a aussi pointé l’affichage des mouvements sectaires lors de grandes occasions (au moment de drames ou de crises) mais a mis en garde contre ces « faux nez ». Il a engagé les acteurs de la lutte à faire remonter les informations vers les commissions de vigilance. C’est ce que fait Infos-Sectes Aquitaine qui est membre des commissions de vigilance dans les départements du Sud-Ouest.
L’intervention suivante « de la dérive thérapeutique à la dérive sectaire » a été présentée par Alain Milon, sénateur du Vaucluse, Président de la commission d’enquête au Sénat sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé. Nouvelles manières de vivre ou de se nourrir, promesses de miracle (par exemple pour les personnes handicapées) ou encore de revenus pour des demandeurs d’emploi, tout est prétexte au charlatanisme. Bien sûr, en cas d’inefficacité, ce n’est pas la faute du charlatan mais celle de l’adepte qui n’a pas été assez appliqué ! Il a signalé aussi que certaines pratiques sont relayées par l’hôpital public ce qui en fait un argument commercial sur les sites web de leurs promoteurs. Il a annoncé lors de ce colloque une information récente et importante : il est désormais interdit à un médecin radié de l’ordre d’utiliser le nom de Docteur.
Sur tous ces thèmes, Infos-Sectes Aquitaine a déjà mis en œuvre des actions. Voir la rubrique Campagne Santé.
Toujours dans le domaine de la santé, le Dr Chambaud, Inspecteur général des affaires sociales et Directeur de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique a indiqué que le meilleur moyen de contrer les charlatans c’est de trouver des modèles pour évaluer leurs « thérapies ». La médecine traditionnelle doit progresser dans les domaines d’accueil et d’écoute des patients. Par ailleurs, il faudrait contrôler la médecine par internet. Comme il paraît impossible de réguler les flux d’informations, alors, le rôle des pouvoirs publics c’est de mieux informer les citoyens. Sur cet aspect, la France est « à la traine ».

Le « risque éducatif » pour un enfant élevé dans un contexte sectaire.
Roger-François Gauthier, Inspecteur Général de l’Administration de l’Education Nationale et de la Recherche, Professeur des universités associé à La Sorbonne, a posé la question « comment l’école doit-elle se prémunir de l’atteinte à l’éducation et à la liberté ? ». En effet, le risque dans le cadre de dérives, c’est la remise en question du socle commun des connaissances, le risque de prosélytisme et de parti pris. Concernant l’éducation à la maison, c’est le risque d’isolement. Il faut aussi surveiller les interventions en dehors des heures de cours afin d’éviter les « messages contraires »

Ce colloque a été conclu par une allocution du Ministre de l’Intérieur Manuel Valls.